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Par emmylou dans dis-moi que tu m'aimes le 18 Janvier 2012 à 15:13
un jour j'ai plongé ma main dans l'eau gelée du puit. je voulais me rendre compte du froid, éprouver le froid, pour plonger dans moi-même, une dernière fois. ma peau saignait et des lambeaux s'en détachaient, que j'ai goûté du bout des lèvres. j'étais heureux. j'ai dit adieu à l'écume.
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Par emmylou dans dis-moi que tu m'aimes le 27 Décembre 2011 à 16:21
Une première fois, elle a posé sa main sur la mienne.
Très doucement, très calmement.
J'ai murmuré "oui", sans le murmurer.
Il faisait froid juste avant à l'intérieur de ce café, et je ne savais pas quoi faire de cette main sur la mienne, cette longue main très belle, immobile dans sa chaleur, couchée sur la mienne.
c'est idiot, je ne vois pas pourquoi je vous raconte tout ça. J'ai revu ma vie d'avant très rapidement, juste comme ça, ma courte vie d'avant, et je me suis dit qu'il y avait des choses que je ne pourrais jamais lui raconter, si plus tard éventuellement, en toute éventualité, cela continuait, des choses interdites, qui me rongeaient, et que je me suis appliqué à taire, dans un dialogue avec elle.
Trop de choses à se dire, tant de choses à se dire, et les mots s'embourbaient, ruisselaient dans mon dos, perles de sueur ravalées dans mon café. C'est idiot, c'est idiot. La douce chaleur de ses yeux s'essayait à me réchauffer, mais en vain. Vaincre cette peur qui me gagnait, cette rougeur aux tempes, cet air d'idiot. Que pouvais-je faire.
Ma propre passivité me condamnait, cet instant, je l'avais voulu, et maintenant qu'il était arrivé, je ne savais qu'en faire. Le dialogue continuait, terriblement quotidien, mais toujours elle l'embellissait, disant des mots qui devaient m'en faire évoquer d'autres, souriant doucement, calmement, à la limite de rire, de ce rire si chaud, si enfantin, qui aurait su me détendre, qui aurait su nous détendre.
Brusquement j'eus envie de péter.
Mes tripes se sont nouées, brusquement j'ai renversé ma tasse de café brûlant sur sa main. Ah, ah, ce n'est pas grave. Je me mis alors à parler pour parler, à dire n'importe quoi, pourvu qu'elle n'entende pas de bruit, pourvu que ses oreilles se ferment à ce bruit, j'allais péter, je le savais, un pet sonore, ou alors j'allais me retenir, mais je ne pouvais jamais me retenir très longtemps, surtout en ce moment, troublé que j'étais, catastrophé. mes tripes se nouaient de plus en plus. je commandais un autre café. elle souriait toujours. dans mon estomac, cela bataillait ferme. dans le désordre je pris sa main mouillée, redevenue froide, je la portai à mes lèvres, réfrénant du mieux que je pouvais cette horrible envie. j'embrassai désespérément cette main, ces doigts. l'air chaud vibra d'entre mes fesses et l'impression chaleureuse d'un soulagement immonde m'envahit. Nul bruit, comme je l'avais tant craint. mais cependant l'odeur. Horrible, impitoyable odeur, qui me montait à la tête, que je ne pouvais masquer, par quel sorte de parfum, avec quelle essence. je me levais brutalement, renversant également sa tasse de café, je pris son visage entre les mains, et très vite, j'embrassai ses lèvres humides, frissonnantes et stupéfaites. c'était la première fois que j'embrassai une femme. La première fois.
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Par emmylou dans dis-moi que tu m'aimes le 27 Décembre 2011 à 15:35
a quinze ans, Margaret Houlala faisait partie des douze premières tirées au sort du grand jeu "qui veut gagner des millions" spéciale jeunes cocottes. son rouge à lèvres tirait sur l'ardent, ses lours yeux bleus trop maquillés jetaient des regards concupiscents. Starlette étincelante de la "roue de la fortune", elle s'agitait, pauvre malheureuse petite inconsciente, à la fin de chaque émission, ses deux misérables petites balayettes solidement greffées au bout des seins, dont les bouts roses brillaient. je la désirais en silence depuis maintenant un an et dix-sept jours. l'envie de la... l'envie de les... l'envie de l'étrenner grandissait follement en moi, et même éperdumment, mais je n'étais pas amoureux. j'avais juste envie de planter mon poireau et de me barrer ensuite, comme j'avais fait avec toutes les autres. Margaret Houlala, ce soir là, passait à 20h00 pétantes à l'émission. je faisais partie du public, et bandait d'avance en silence. Margaret commença par chanter une petite chanson, à la demande du présentateur. c'était "à vivre sans amour". "à vivre sans amour, on oublie le jour, cherchant son chemin, sans l'ombre d'un secours". c'était gai, joyeux, trépidant, comme un tonnerre d'applaudissements. mais nul n'applaudit, les gens ne sont plus habitués ni à la tendresse, ni aux belles choses. mon sexe à demi sorti du trou béant qu'offrait à toutes les vues indécentes mon pantalon, je matais, tassé dans mon fauteuil de spectateur, la bombe à retardement. Margaret Houlala siffla à la fin, et un petit chien accourut, sorte de Milou noir, jappant et aboyant, des aboiements aigus qui faisaient peine à entendre, à moins que ce ne soit des aboiements de joie. "Margaret, je vous aime, semblait-il dire. Margaret eut un petit sourire triste, ou bien gai, je ne sais pas. elle caressa son petit chien, sa main caressait son chien, oui, avec la douceur d'une petite reine consolant son bouffon, et le chien ne pleurait pas, il lâcha la viande rouge qu'il tenait solidement serrée dans sa gueule, et resta coi, assis sur son séant, museau tourné vers Margaret, et vers l'horizon. La viande rouge, un bras, une jambe, je ne savais pas, moi qui caressait mon sexe, jamais rassasié du spectacle qu'offrait Margaret. Jean-Pierre Foucault la prenait manifestement pour une idiote. Il me semblait que son regard s'assombrissait lorsqu'il se dirigeait vers moi. Et moi je maudissais en silence ce salaud, ce fourbe, qui parlait à Margaret, en la regardant intensément, aussi intensément que puisse regarder, un présentateur de télé, guettant la chute de Margaret, ou le lapsus révélateur. Margaret ne répondit jamais aux questions. Le petit chien mordit en plein dans la viande, se redressa fièrement, et tourna soudainement les talons, comme une apparition qui s'éloigne. A partir de là, j'entendis seulement; "... viens", et aujourd'hui, je l'entends encore, aujourd'hui je l'entends encore, même si il ne reste plus rien.
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Par emmylou dans dis-moi que tu m'aimes le 26 Octobre 2011 à 19:10
Il était à peine dix-sept heures quand le téléphone a sonné. Nathalie était plongée dans ses cours. Sa feuille vide étalée sous les yeux lui souriait, calme, de ce calme sournois qui la rendait un peu malade. Après plusieurs allers-retours aux toilettes, elle avait manqué à nouveau s'évanouir devant sa feuille vide. Ses pensées faisaient des zig-zags éprouvants, zigs-zags horripilants. Elle aurait aimé être, mais elle n'était pas. Elle aurait aimé faire, mais elle ne faisait pas. Et à son âge, en être encore là. Dehors, il ne faisait pas beau, mais il y avait des lumières. Les néons brillaient, les magasins semblaient tous l'appeler, lui dire "allons, viens donc te réfugier dans nos bras, même si tu n'as pas d'argent, nous t'accueilleront et les vendeuses te feront des risettes".
Et toujours cet homme en train de crever, en bas de chez elle. Pour aller se réfugier dans le magasin d'en face, il faudrait l'enjamber. Non mais vraiment, c'était du goût. Elle en avait les larmes aux yeux. Une petite tasse de thé, tiens, juste avant d'aller vomir une énième fois. Si seulement elle était aveugle, ou un truc du genre.
Nathalie ne décrocha pas tout de suite quand le téléphone sonna. Elle pesta, tout d'abord, se dit:" oh non, il faut que je travaille".Et si c'était Henrich? Le goût de ses lèvres humides, teintées de souffre, sous l'épaisse moustache brune, la répugnait d'avance, au moins autant qu'elle devait le répugner, mais elle avait déjà couché avec lui. Au moins, elle savait à quoi s'en tenir. Ce pouvait être aussi Pingus, mais l'idée même que ce soit Pingus la percutait dans sa poitrine. Après tout c'était un animal, on ne couche pas avec les animaux. Elle était déjà folle, alors un pingouin au pieu en prime, il ne fallait pas trop en rajouter. Mais c'est vrai qu'il... oh pardon... qu'elle souffrait.
Son petit coeur avait déjà fait boum boum boum, il était trop tard, sa thèse venait juste de flamber, quand, au bout de la treizième sonnerie, elle décrocha. Une voix insupportable de féminité, d'assurance, et d'aigreur rentrée se fit entendre. Elle reconnut immédiatement ce ton dynamique qui la faisait palpiter... oh pardon... obéir.
" chérie, faut que tu viennes, ouais, ouais, j'ai tout organisé, rendez-vous ce soir, on fait les boutiques avant, t'inquiète, mon amour, ouiiiiii, je t'aiiiiiime, mais tu viens, hein, tu sais, c'est les deux mecs, ouiiiiii, hein chérie, allez viennnns, je sais que tu vas venir, viens, viens, viens, viens, viens, viens, viens..."
"d'accord".
La cervelle embrouillée, Nathalie raccrocha. Elle ne savait pas par quel mystère, chaque fois qu'elle discutait avec cette femme pleine d'assurance qu'était Lydia, son amie, sa propre voix à elle sonnait faux, comme si elle n'avait jamais été rien d'autre qu'une mauvaise comédienne. La fatigue la gagnait. Son souffle se perdait. Son incapacité à dire "non" la sidérait, mais elle ne pouvait rien faire d'autre que de se laisser avoir et balbutier un "oui", enfin clair, la seule zone de clarté dans son babillage confus.
La feuille resta vide juqu'à ce que la sonnette dans l'appartement eut retentit. Ensuite elle se couvrit de dessins, de la main de Lydia. Nathalie riait nerveusement, un verre à la main, consciente de tout le travail qui allait l'attendre après la folle escapade qu'elle s'apprêtait à faire, mais pas vraiment consciente du fait qu'elle n'était pas tout à fait d'ignorer entièrement les dates exactes de ses examens, si examens il y avait, comme si elles s'étaient délibérément évaporées dans la brume ambiante. La fatigue avait tout recouvert de son voile, mais en présence de son amie, sa vitalité commençait à se réveiller, ainsi que son goût pour le whisky . Lydia riait de son rire clair, souriait comme une enfant.
Les essayages devant la glace de tout ce que Lydia avait pu acheter auparavant dans la petite boutique à quelques rues de l'avenue où habitait Nathalie se firent dans la joie également. Nathalie essaya quand à elle l'unique robe qu'elle avait, qui lui allait à ravir paraît-il. Mais les festivités n'étaient pas terminées.
Elle enfile ses bottines en cuir, noue ses lacets. Elle rabat sa jupe sur ses fesses, on n'a qu'une vie. Elle enfile son petit haut transparent, Nathalie, Nathalie, empêche ton coeur de battre. Lydia, quand à elle, se prenait en photo, si parfaite. Si classe. Il faisait nuit, complètement, quand elles sortirent, toutes deux, titubantes, dans les flaques par terre, le regard totalement flouté par ces sortes d'alcool qui vous rendent... je ne sais pas, certainement quelqu'un d'autre.
Elles rentrent dans un bar, le premier sur leur droite. Se présentent comme des paquets de viande au comptoir. Nathalie avait dénoué ses cheveux, se disant et se répétant en elle-même : "mon Dieu, je ne peux pas le faire, et que va penser Fred". Fred qui lui faisait si bien l'amour. Fred si doux, si gentil, affectueux. C'aurait dû être pour lui, tout cet amas de colifichets, toute cette viande soigneusement étiquetée et exhibée. Non, elle ne pouvait pas penser ainsi, c'était une pensée chrétienne. Elle était au contraire bien, ainsi, libérée. Très vite, une araignée s'étend sur son sein. Le sein se ratatine d'abord, puis devient ferme et soyeux, comme un soleil pâle. L'alcool en mord la pointe, comme un serpent audacieux. Il imprègne chaque parcelle de son corps, humidifie ses yeux. Son regard devient flou, et neigeux. Les flaques reviennent à la surface, comme des marécages dans lesquels le monde entier se noie. Lydia sur la piste exhibait son short doré en souriant à la cantonade, et en riant très fort même, son rire tintait au fond des verres, puis s'affaiblissait. L'araignée mangeait sa peau, suçait son sang, et vidé de tout sentiments, elle rejoignit la piste de danse, éveillée, belle à en mourir, par tant de festivités. Partir, c'est seulement se cramponner à la barre.
La nuit passa comme un déluge d'eau sur la ville. Et le lendemain, en avait-elle assez, que tout recommençait. Dans sa tête au réveil, des monstres gigotant, crachant, ondulant. *Et puis l'araignée, toujours l'araignée encore l'araignée".
Et son vieux sourire grimaçant sur ses copies mornes.
Devant les vitres froides des fenêtres de son appartement.
Dans l'obscurité.
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Par emmylou dans dis-moi que tu m'aimes le 22 Octobre 2011 à 15:23
aujourd'hui je me lève, c'est un bon début.
j'enfile mes chaussures, et accessoirement autre chose, mais je ne m'étalerais pas sur le sujet.
je sors dans la pénombre, ou bien dans la clarté, des fois on croirait qu'elles dialoguent.
je fume ou je ne fume pas, cela dépend de mon humeur, et moi même je dépend de tant de gens qui ne se soucient même pas du fait que je puisse avoir une humeur.
ou une tumeur.
je braque mon téléphone contre mon oreille, des fois qu'il y aurait un problème de sifflement, mais ce con ne siffle jamais d'habitude, juste il dialogue.
et j'y comprend rien.
je me barre d'une simple barre de fer qui me tombe sur la gueule et les urgences m'accueillent, il paraît que l'infirmière est bonne, ou mauvaise comme la gale, aussi sournoise qu'une seringue, celle qui est plantée dans ma veine, la seule responsable, salope vulnérable. je me mord les lèvres, puis les dents, dans un accès de rire sournois.
les volets se referment sur mon cas, tout doucement, d'une façon assez sordide, et alors c'est une charmante journée qui s'achève, et une belle nuit qui commence, toute grouillante de bêtes et de phrases vociférées, comme un cafard très noir ruminant sur ma plaie.
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